Santé

L’anosmie : ce symptôme de Covid-19 vécu comme une torture


Bien qu’elle n’apparaisse pas chez tous les malades, la perte de l’odorat est un symptôme du coronavirus décrit comme très difficile à vivre.

La perte soudaine de l’odorat ou anosmie fait partie des « nouveaux » symptômes du coronavirus. Elle est en effet moins fréquente que la toux, la fièvre et l’essoufflement. Et selon les dernières études, l’anosmie apparait surtout dans les formes peu sévères de la maladie.

Pourtant, les personnes qui l’ont subi décrive ce symptôme comme particulièrement handicapant, dans la mesure où il vous prive « des odeurs de la vie ».

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Le quotidien bouleversé

Chacun des cinq sens participe à l’équilibre physiologique et psychologique de l’être humain. Et au moindre dysfonctionnement l’homme perd ses repères. On comprend donc pourquoi l’absence d’olfaction chez les sujets atteints de coronavirus peut être très mal vécue.

« Ce qui me manque le plus, c’est l’odeur de mes fils quand je les embrasse, c’est l’odeur du corps de ma femme, le parfum de mon papa. L’anosmie vous coupe des odeurs de la vie, c’est une torture »,

a décrit le président de l’association Anosmie.org, Jean-Michel Maillard.

En effet, ce sont tous les petits plaisirs du quotidien que l’anosmie vient ruiner. À commencer par les repas, sachant que notre perception de la nourriture dépend à 90% de l’olfaction.

« Différencier un Bordeaux d’un Bourgogne, différencier un bœuf en daube d’un veau Marengo, c’est de l’odorat », a souligné Alain Corré, ORL à l’Hôpital-Fondation Rothschild à Paris.

L’odorat, un sens indispensable

Il en va de même pour l’arôme du café, les effluves de votre parfum ou simplement « l’odeur si rassurante du savon sur sa peau quand on se prépare pour un rendez-vous »… Autant de petites choses qui inconsciemment, concourent à notre bien-être.

Si bien que leur disparition soudaine nous déstabilise complètement ! D’ailleurs, plusieurs patients ont avoué n’avoir pris conscience du rôle primordial de l’odorat que lorsqu’ils l’ont perdu.

« On découvre l’odorat quand on le perd », a ainsi admis un quadragénaire souffrant d’anosmie permanente après un accident. Il considère par ailleurs que l’incapacité à percevoir les odeurs dangereuses (gaz, fumée, pourriture) est l’un des problèmes majeurs de cet état.

Un état « psychologiquement difficile à vivre »

Le Dr Alain Corré a précisé qu’il y a « des dizaines des causes d’anosmie » bien antérieures à la covid-19, notamment les polyposes nasales, les rhinites chroniques, le diabète, Alzheimer, Parkinson…

Cela dit, quelle qu’en soit l’origine, la perte d’odorat entraîne toujours d’importants désagréments. Et avec le contexte de pandémie déjà très anxiogène, les difficultés sont amplifiées. De telle sorte que les sujets anosmiques peuvent développer une extrême fragilité psychologique.

« Quand les gens perdent l’odorat et qu’il n’y a pas de récupération, on note une véritable altération de la qualité de vie et un taux de dépression pas du tout négligeable »

a constaté le Dr Corré.

Jean-Michel Maillard de confirmer : « Être privé d’odorat pendant un mois, ce n’est pas grave. Deux mois, ça commence à être gênant. Mais au bout de 6 mois, vous êtes tout seul, sous une cloche de verre. Il y a une dimension psychologique très difficile à vivre, il faut se faire aider ».

Quels traitements pour l’anosmie ?

À ce stade, il n’existe malheureusement pas de traitement dédié aux troubles de l’odorat. La prise en charge des personnes anosmiques consiste généralement à traiter les causes et apporter ce soutien psychologique.

Mais dans les cas de perte d’odorat lié au coronavirus, « le traitement de l’infection virale n’a pas d’effet sur l’odorat ». Alain Corré a toutefois tenu à rassurer les patients, car l’état anosmique reste majoritairement éphémère.

« D’après les premiers chiffres, à peu près 80% des patients atteints du Covid-19 récupèrent spontanément, en moins d’un mois et souvent même rapidement en 8-10 jours »

D’autant plus que pour les 20 % restants, l’espoir de recouvrer l’olfaction n’est pas totalement perdu. La perte d’odorat prolongée est apparemment due à une destruction des neurones olfactifs. Or, plusieurs études prouvent que ces neurones ont une capacité de régénérescence.

Protocole en cours de tests

En outre, les hôpitaux parisiens Rothschild et Lariboisière mènent actuellement une étude spécifique « CovidORL ». Leur objectif ? Mettre au point une thérapie capable d’accélérer le retour de l’odorat chez les patients ayant guéri de la covid-19.

Pour ce faire, les médecins combinent lavages de nez avec de la cortisone (le budésonide) et rééducation olfactive. Ce protocole a notamment donné des résultats concluants sur les anosmies post-rhume. Il s’agit en effet de stimuler les fonctions cognitives reliant la mémoire et l’odorat.

Et chacun peut faire les exercices de rééducation chez soi : sélectionner cinq odeurs familières, d’épices ou plantes aromatiques, par exemple. Il faudra alors les respirer deux fois par jour, pendant 5 à 10 minutes, tout en les regardant observant.

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