Tout commence en 2023, au cœur d’une forêt de Sologne, dans des zones strictement interdites à la circulation. Des agents de l’Office Français de la Biodiversité découvrent des traces répétées de véhicules là où aucun passage n’est autorisé. Rapidement, les soupçons dépassent la simple infraction environnementale.
Au fil des investigations, les agents mettent au jour des pratiques illégales qui dureraient depuis plusieurs années. Selon les éléments recueillis, six chasseurs aguerris se rendaient régulièrement dans ces zones protégées pour abattre du gibier en toute illégalité. Mais surtout, les méthodes employées interpellent par leur brutalité.
Des vidéos qui glacent le sang
Pour identifier formellement les auteurs et documenter les faits, des pièges photographiques sont installés dans la forêt. Les images récupérées sont sans équivoque. Sur l’une des vidéos, des marcassins sont volontairement écrasés par un véhicule. Sur une autre, un cerf ensanglanté apparaît posé sur le capot d’une voiture, transporté comme un trophée macabre.
Dans un communiqué conjoint, le parquet et l’OFB évoquent des actes commis « par recherche de sensations fortes », décrivant des individus n’hésitant pas à tuer des animaux en les percutant avec leur voiture ou à l’aide d’armes à feu. Les enquêteurs soulignent également un sentiment d’impunité, nourri par la forte population de grand gibier dans le département.
Une audience sans débat sur le fond
Le 30 avril dernier, les six chasseurs comparaissent devant la justice. Beaucoup s’attendent alors à ce que les images et les faits soient longuement examinés. Pourtant, le procès prend une tournure inattendue.
Le fond du dossier ne sera jamais débattu. En cause, l’utilisation des pièges photographiques. Le tribunal estime que leur installation n’a pas respecté le cadre légal, notamment en l’absence d’autorisation formelle du procureur. Un vice de procédure jugé suffisant pour invalider les preuves clés de l’enquête.
« La procédure est viciée dès le départ. Toute personne a droit au respect de sa vie privée », plaide l’avocat de l’un des prévenus, cité par France 3. Résultat : les six hommes sont relaxés.
Une décision qui choque et divise
Cette relaxe provoque une vive incompréhension, bien au-delà du cercle des défenseurs de la cause animale. Pour beaucoup, la décision donne le sentiment que des actes d’une extrême violence peuvent rester impunis pour des raisons purement techniques.
L’affaire ravive aussi le souvenir d’autres épisodes récents impliquant des chasseurs. Chiens abattus lors de promenades, animaux domestiques tués sur des propriétés privées… Autant de faits qui nourrissent un malaise croissant autour de certaines pratiques marginales mais bien réelles.
L’OFB décide de faire appel
Face à cette issue judiciaire, l’Office Français de la Biodiversité n’a pas baissé les bras. Un appel a été formé, avec l’espoir que les éléments recueillis puissent malgré tout être jugés recevables et conduire à une condamnation.
Du côté du parquet de Châteauroux, on estime que les preuves, malgré la contestation de leur mode de collecte, restent suffisamment solides pour relancer la procédure. L’affaire est donc loin d’être terminée.
En attendant, une question de fond demeure : comment concilier le respect strict des règles judiciaires avec la nécessité de sanctionner des actes qui choquent profondément l’opinion publique ? Une interrogation qui, à l’évidence, dépasse largement le cadre de cette seule affaire.


