La question est simple, presque brutale : qui doit payer le prix de l’incarcération ?
Chaque année, les prisons françaises coûtent environ 4 milliards d’euros aux finances publiques. Selon les chiffres du ministère de la Justice, la France compte aujourd’hui plus de 85 000 détenus pour un peu moins de 63 000 places disponibles. Une surpopulation chronique qui oblige l’État à envisager la construction de nouveaux établissements et la rénovation des structures existantes.
Dans ce contexte tendu, le député Eric Pauget a déposé le 2 décembre 2025 une proposition de loi visant à instaurer une participation financière des détenus. Le principe est clair : faire contribuer les personnes incarcérées aux frais générés par leur détention.
Aujourd’hui, le coût moyen d’un détenu est estimé à 128 euros par jour, soit près de 47 000 euros par an. Le texte évoque une contribution de 32 euros par jour. Une somme loin d’être symbolique.
« Celui qui casse doit réparer »
Pour justifier son initiative, le député assume un discours de responsabilité. Dans son argumentaire, il évoque un contexte de rigueur budgétaire où « des efforts exceptionnels » sont demandés aux Français.
L’idée ? Appliquer un principe simple : celui qui commet une infraction et purge une peine devrait participer, au moins en partie, aux frais engendrés par son incarcération. « Comme celui qui casse doit réparer, celui qui dort en prison doit participer à son entretien », défend-il.
Le montant pourrait être adapté en fonction des ressources du détenu, de ses revenus ou de son patrimoine. Le texte n’exclut pas une modulation pour éviter des situations inéquitables.
Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que le sujet revient dans l’hémicycle. D’autres propositions similaires ont déjà été déposées ces derniers mois, notamment par le député Christophe Naegelen, qui faisait un parallèle avec le forfait hospitalier ou les frais en Ehpad.
Une idée déjà appliquée en Europe
Ce qui surprend, c’est que la mesure n’est pas totalement inédite en Europe.
Au Danemark et aux Pays-Bas, des dispositifs similaires existent déjà. Les détenus y participent, sous certaines conditions, aux frais liés à leur détention. Les partisans du texte y voient la preuve que la France pourrait suivre le même chemin.
Pour ses soutiens, notamment au sein de la droite et du Rassemblement national, il s’agit d’une mesure de bon sens. Certains y voient même un signal politique fort envoyé à une opinion publique souvent sensible aux questions de sécurité et de dépenses publiques.
Un débat à l’Assemblée
Mais la proposition est loin de faire l’unanimité.
À gauche, plusieurs élus dénoncent une mesure injuste et potentiellement inapplicable. Les critiques portent notamment sur la situation sociale de nombreux détenus, souvent précaires avant même leur incarcération. Faire payer des personnes sans ressources réelles poserait des problèmes juridiques et humains.
Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, avait lui-même évoqué cette piste dans une correspondance interne puis lors d’un entretien télévisé. Preuve que le sujet dépasse désormais le simple cadre d’une initiative parlementaire isolée.
Reste une question centrale : cette contribution permettrait-elle réellement d’alléger la charge financière de l’État ou s’agit-il avant tout d’un symbole politique ?
Entre responsabilité et fracture sociale
Derrière les chiffres, le débat touche à une question plus profonde : quelle doit être la finalité de la peine ?
Punir, réparer, réinsérer… ou faire payer ?
Certains estiment que demander une contribution renforce l’idée de responsabilité individuelle. D’autres redoutent une peine « à deux vitesses », où les plus aisés pourraient s’acquitter d’une facture quand les plus pauvres s’enfonceraient davantage dans la précarité.
Une chose est sûre : lorsque le texte sera examiné à l’Assemblée nationale, les échanges promettent d’être vifs. Dans un pays déjà traversé par de fortes tensions sur les questions de justice et de sécurité, cette proposition pourrait bien devenir l’un des débats les plus sensibles de l’année.
Sources
Ministère de la Justice – Chiffres de la population carcérale 2025
Assemblée nationale – Enregistrement des propositions de loi
Le Figaro – Articles sur la proposition de loi relative à la participation financière des détenus
Déclarations publiques d’Eric Pauget et interventions médiatiques de Gérald Darmanin


