Faire ses courses est un rituel rassurant. On pousse son chariot distraitement, on compare les prix, on installe parfois son enfant dans le petit siège prévu à cet effet. Pourtant, derrière ce geste banal, une réalité bien moins appétissante refait surface.
Une étude menée aux États-Unis affirme que 72 % des caddies testés contiennent des bactéries fécales. Un chiffre qui surprend… et qui interroge.
Une étude américaine qui dérange
Des chercheurs de l’Université d’Arizona ont analysé 85 chariots dans plusieurs États américains. Résultat : près des trois quarts présentaient des traces de bactéries d’origine fécale. Sur un sous-échantillon étudié plus en détail, la moitié contenait des souches d’Escherichia coli, plus connue sous le nom d’Escherichia coli.
Le microbiologiste Charles Gerba, à l’origine des prélèvements, a déjà alerté à plusieurs reprises sur la contamination des objets du quotidien. Selon les données recueillies, certaines poignées de caddie afficheraient une charge bactérienne jusqu’à 361 fois supérieure à celle d’une poignée de porte de toilettes publiques.
Un contraste saisissant. Car, comme le soulignent les spécialistes, les sanitaires sont généralement nettoyés plusieurs fois par jour. Les caddies, eux, circulent sans véritable désinfection systématique.
Pourquoi les caddies concentrent autant de microbes
Un chariot de supermarché passe de main en main, traverse les parkings, affronte la pluie, parfois les fientes d’oiseaux. Les poignées sont touchées par des centaines de clients chaque semaine.
Or, toutes les études comportementales convergent : une partie importante de la population ne se lave pas correctement les mains après être passée aux toilettes. Téléphones, clés de voiture, sacs et poignées deviennent alors des vecteurs silencieux.
Pendant la crise sanitaire du Covid-19, le nettoyage des chariots était devenu quasi automatique dans de nombreux magasins. Mais ce réflexe s’est largement perdu. Résultat : les surfaces très manipulées, comme les poignées de caddie ou les écrans tactiles de caisse automatique, accumulent les germes.
Certaines recherches évoquent également la présence occasionnelle de bactéries plus résistantes, comme le staphylocoque doré, dans des environnements commerciaux.
Faut-il craindre une contamination ?
Le Centers for Disease Control and Prevention rappelle que toutes les souches d’E. coli ne sont pas dangereuses. Beaucoup sont inoffensives. D’autres, en revanche, peuvent provoquer des diarrhées sévères. Aux États-Unis, environ 70 000 infections annuelles seraient liées aux formes les plus agressives.
Mais les experts insistent sur un point essentiel : le risque dépend de la dose de bactéries ingérée. Toucher une poignée contaminée ne signifie pas automatiquement tomber malade. Pour la majorité des adultes en bonne santé, l’exposition se traduit souvent par des troubles digestifs bénins, voire aucun symptôme.
La vigilance est toutefois recommandée pour les jeunes enfants, les femmes enceintes et les personnes immunodéprimées.
Des gestes simples pour limiter les risques
Face à ces révélations, certains consommateurs ont déjà changé leurs habitudes. Une cliente interrogée par BFMTV confiait ne jamais faire ses courses sans gel hydroalcoolique. « C’est devenu un réflexe », expliquait-elle.
Les médecins rappellent que quelques précautions suffisent souvent à réduire considérablement le risque. Désinfecter la poignée si des lingettes sont proposées, éviter que les enfants portent leurs mains à la bouche après avoir touché le chariot, ne pas manipuler son visage pendant les courses et se laver soigneusement les mains en rentrant.
Des gestes simples, presque évidents, mais qui ont tendance à disparaître lorsque le sentiment d’urgence sanitaire s’éloigne.
Une question d’hygiène collective
Au-delà du choc des chiffres, cette étude pose une question plus large : celle de l’hygiène partagée dans les lieux publics. Les supermarchés sont des espaces de passage intense, où la responsabilité se répartit entre les enseignes et les consommateurs.
Les caddies ne sont peut-être pas plus dangereux que d’autres objets du quotidien. Mais ils rappellent que les microbes circulent là où l’on s’y attend le moins.
Et la prochaine fois que vous poserez votre sac ou votre enfant dans un chariot, vous y penserez peut-être différemment.
Sources
Université d’Arizona – Travaux du Pr. Charles Gerba
Centers for Disease Control and Prevention (CDC)
Reportage et témoignages recueillis par BFMTV


