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La génération Z est-elle vraiment “moins intelligente” que la génération précédente ?


Une déclaration devant le Congrès américain, des titres viraux dans la presse, et des millions de vues sur les réseaux sociaux. La génération Z serait-elle vraiment “moins intelligente” que les Millennials ? Derrière la polémique, la réalité est plus complexe — et bien plus inquiétante qu’il n’y paraît.

Tout est parti d’une intervention officielle. Le 15 janvier dernier, le neuroscientifique Jared Cooney Horvath, spécialiste de l’apprentissage passé par Harvard et l’Université de Melbourne, s’exprime devant le Congrès américain.

Dès les premières minutes, le ton est grave. Il évoque un « triste constat » : selon lui, les enfants d’aujourd’hui présenteraient des capacités cognitives inférieures à celles des générations précédentes au même âge. Une phrase directe, presque brutale. Suffisante pour déclencher une tempête médiatique.

Très vite, certains médias anglo-saxons s’emparent du sujet. Le très populaire New York Post publie un titre choc affirmant que la génération Z serait “officiellement plus bête”. Sur les réseaux sociaux, les réactions explosent. Entre indignation et moqueries, le débat devient viral.

Mais que disait réellement le chercheur ?

Un déclin mesuré… mais ciblé

Dans son témoignage, Jared Cooney Horvath ne parle pas d’“intelligence” au sens large. Il évoque plutôt des performances observées dans plusieurs domaines scolaires : lecture, écriture, calcul, mémoire, attention ou encore résolution de problèmes.

Il s’appuie notamment sur plusieurs études internationales, dont les évaluations du programme PISA, qui mesurent les acquis scolaires des élèves à travers le monde. Selon ces indicateurs, certains pays observent une stagnation, voire un recul, dans plusieurs compétences fondamentales chez les adolescents.

Pour le neuroscientifique, un facteur distingue fortement cette génération des précédentes : l’omniprésence des technologies éducatives et des écrans dans les salles de classe comme à la maison. Il parle d’une “expansion rapide et largement non réglementée” du numérique dans l’apprentissage.

À ses yeux, cette évolution pourrait favoriser une forme de “délégation cognitive”, où l’on s’appuie davantage sur l’outil que sur l’effort de réflexion approfondie.

Intelligence ou aptitude scolaire : la nuance essentielle

Face à l’ampleur de la polémique, le chercheur a rapidement pris la parole pour préciser sa pensée. Dans un billet publié après son audition, il reconnaît avoir volontairement utilisé une formule frappante pour capter l’attention des décideurs.

Mais il insiste : le QI n’est pas synonyme d’intelligence globale. Il s’agit avant tout d’un indicateur lié aux performances scolaires et à certaines aptitudes spécifiques. Réduire toute une génération à une supposée “baisse d’intelligence” serait donc trompeur.

Cette distinction est fondamentale. L’intelligence humaine est multiple, complexe, et influencée par des facteurs sociaux, culturels et environnementaux. Une baisse de résultats scolaires ne signifie pas nécessairement un appauvrissement des capacités globales.

Les écrans dans le viseur

Si le terme “moins intelligent” est excessif, le signal d’alarme, lui, demeure. De nombreuses recherches soulignent qu’un temps d’écran prolongé peut être associé à des difficultés dans le développement du langage ou de l’attention.

Pour autant, les spécialistes appellent à la prudence. L’épidémiologiste Jonathan Bernard, de l’Inserm, rappelle qu’il manque encore des données à long terme pour mesurer précisément l’impact des écrans sur l’intelligence au sens large. Les études actuelles se concentrent surtout sur les performances scolaires, pas sur le développement cognitif global à l’âge adulte.

Autrement dit, le débat est loin d’être tranché.

Une génération caricaturée ?

La génération Z, née entre la fin des années 1990 et le début des années 2010, a grandi avec les smartphones, les réseaux sociaux et l’accès immédiat à l’information. Elle est souvent décrite comme hyperconnectée, rapide, multitâche.

Mais ces nouvelles compétences numériques sont rarement prises en compte dans les évaluations traditionnelles. S’adapter à un monde saturé d’informations, naviguer entre plusieurs supports, créer du contenu en ligne : ces aptitudes redessinent peut-être simplement la manière dont l’intelligence s’exprime.

La question n’est peut-être pas de savoir si cette génération est “moins intelligente”, mais si nos outils de mesure sont encore adaptés à son environnement.

Entre alerte réelle et emballement médiatique

Ce qui frappe dans cette affaire, c’est la vitesse à laquelle une phrase sortie de son contexte peut devenir un verdict définitif. En quelques jours, une réflexion nuancée sur les compétences scolaires s’est transformée en jugement global sur toute une génération.

Pour Jared Cooney Horvath, le message principal n’était pas d’attaquer la jeunesse, mais d’interroger l’usage massif du numérique dans l’éducation. Une invitation à repenser les méthodes pédagogiques plutôt qu’à stigmatiser.

Reste une certitude : le sujet touche une corde sensible. Parents, enseignants, jeunes adultes… chacun se sent concerné. Et derrière la polémique, une question demeure : comment accompagner au mieux une génération qui grandit dans un monde numérique omniprésent ?

Sources

TF1 Info
Intervention de Jared Cooney Horvath devant le Congrès des États-Unis
Programme international PISA (OCDE)
Déclarations de Jonathan Bernard, Inserm
Article du New York Post