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« J’ai fait jouir plein de mecs… eux rarement » : à plus de 60 ans, Lio pulvérise un vieux cliché


Dans une interview aussi libre que mordante, Lio brise un tabou tenace : celui du plaisir féminin. À 60 ans passés, la chanteuse ose des mots crus, des vérités dérangeantes et renverse un stéréotype misogyne qui colle encore à la peau des féministes. Une prise de parole qui fait déjà réagir.

Il y a des phrases qui claquent comme des portes qu’on n’avait jamais osé ouvrir. Quand Lio lâche : « J’ai fait jouir plein de mecs, eux rarement », elle ne cherche pas la provocation gratuite. Elle met le doigt sur une réalité que beaucoup préfèrent éviter : l’orgasme féminin reste un angle mort dans de nombreuses relations hétérosexuelles.

À plus de 60 ans, l’interprète de Banana Split n’a rien perdu de sa liberté de ton. Féministe revendiquée, elle assume aujourd’hui une parole sans filtre. « Mal baisée ? D’accord. Mais à cause de qui ? », lance-t-elle en réponse à ceux qui utilisent cette insulte pour décrédibiliser les femmes engagées.

Derrière la formule choc, il y a une réflexion plus large sur la place du plaisir féminin dans notre société. Lio ne parle pas seulement d’elle. Elle parle d’un déséquilibre, d’un silence, d’un malaise que beaucoup reconnaissent sans toujours oser le nommer.

“Les mauvais coups” dans le viseur

Dans son intervention, la chanteuse ne mâche pas ses mots. Elle évoque ces hommes qui se préoccupent peu du plaisir de leur partenaire. Avec une pointe d’ironie, elle confie compter sur « les doigts d’une main de Django Reinhardt » ceux qui lui ont réellement donné du plaisir.

La référence au célèbre guitariste de jazz, amputé de deux doigts, ajoute une touche d’humour noir à une réalité moins drôle. Le message est limpide : la satisfaction masculine semble aller de soi, celle des femmes beaucoup moins.

Cette sortie, loin d’être anodine, relance un débat ancien. Selon plusieurs études sur la sexualité, l’écart d’orgasme entre hommes et femmes dans les relations hétérosexuelles est bien documenté. Lio, elle, choisit de l’incarner à travers son propre vécu, avec une franchise qui dérange autant qu’elle séduit.

Hypersexualisées… puis jugées

Face à elle, l’autrice et documentariste Ovidie partage le même constat. Toutes deux dénoncent un paradoxe persistant : les femmes sont hypersexualisées dans la culture populaire, mais dès qu’elles parlent ouvertement de leur désir ou de leur plaisir, elles sont pointées du doigt.

Ovidie évoque ce mécanisme qui consiste à enfermer une femme dans une étiquette dès qu’elle dévoile son corps ou assume sa sexualité. Une stigmatisation qui ne laisse aucune place à la nuance. « Dès qu’on se dénude, ça vient annihiler tout le reste », explique-t-elle ailleurs. Comme si la sexualité féminine devait rester un fantasme contrôlé par les autres, jamais un territoire revendiqué par celles qui la vivent.

Dans cette lignée, Lio rappelle qu’on ne traite pas les hommes de la même manière. Le mot « salope » fuse plus vite que « mauvais coup ». Et l’insulte « mal baisée » dit peut-être davantage sur l’ego blessé que sur la réalité des femmes qu’elle vise.

Une voix féministe assumée depuis toujours

Ce n’est pas la première fois que Lio prend position. Elle s’était déjà exprimée avec force lorsqu’elle défendait son amie Marie Trintignant, victime de féminicide en 2003. À l’époque déjà, elle dénonçait la violence faite aux femmes et les discours qui minimisent les responsabilités.

Aujourd’hui, son combat passe par la parole intime. Par le droit de dire « je » quand il s’agit de sexualité. Par le refus d’être réduite à une caricature. Dans une société où les femmes de plus de 60 ans sont souvent invisibilisées, Lio choisit au contraire d’occuper l’espace, de parler fort, et de parler cru.

Sa sortie n’est pas qu’une anecdote croustillante. Elle interroge notre rapport collectif au désir féminin, à la performance masculine, et à la façon dont on juge celles qui osent sortir du cadre.

Une polémique qui en dit long

En quelques phrases, Lio a rallumé un débat brûlant. Certains crient à la vulgarité, d’autres saluent un courage rare. Mais une chose est sûre : son témoignage ne laisse pas indifférent.

En renversant l’accusation, elle oblige à poser la question autrement. Si tant de femmes sont qualifiées de « mal baisées », ne faudrait-il pas s’interroger sur la qualité de ceux qui se targuent de leur talent ?

À 60 ans passés, Lio ne cherche plus à plaire. Elle cherche à dire. Et parfois, dire suffit à secouer un système entier.

Sources :
Newsletter L’Assertive de Chloé Thibaud
Prises de parole publiques de Lio
Entretiens et essais d’Ovidie sur la sexualité et le slut shaming
Données sur l’écart d’orgasme issues d’études publiées par l’IFOP et des travaux académiques sur la sexualité contemporaine