Au large des côtes de l’Île-du-Prince-Édouard, un rituel discret s’est répété année après année. Depuis le milieu des années 1990, Harold Hackett lance régulièrement des bouteilles à la mer. À l’intérieur, rien de spectaculaire : une simple note avec son adresse postale. Pas de message romantique, pas d’appel à l’aide, juste une invitation silencieuse à répondre.
Ce geste, né presque par hasard lors d’une sortie de pêche, s’est transformé en une habitude de vie. Au fil du temps, ce qui ressemblait à une curiosité est devenu une expérience humaine à grande échelle.
Une idée simple qui traverse les océans
Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, Harold Hackett ne cherchait ni la célébrité ni le buzz. Il voulait simplement entrer en contact avec des inconnus. Les bouteilles, souvent en verre, étaient soigneusement refermées avant d’être confiées aux courants marins.
Les premières réponses ont mis du temps à arriver. Puis, un jour, une lettre. Puis une autre. Aujourd’hui, ce sont des milliers de réponses venues d’Europe, d’Afrique, d’Amérique du Sud ou encore des États-Unis qui ont rempli sa boîte aux lettres. Une correspondance mondiale née d’un geste presque anachronique.
Des rencontres bien réelles, loin du virtuel
Derrière ces lettres se cachent des histoires humaines. Certains expéditeurs se sont contentés d’un échange épistolaire, d’autres ont voulu aller plus loin. Des correspondants étrangers ont traversé des océans pour rencontrer l’homme derrière la bouteille. Des amitiés sont nées, parfois même des invitations à voyager, que Harold Hackett a souvent refusées, préférant rester fidèle à sa vie simple.
Ces rencontres ont donné une dimension inattendue à l’expérience : celle d’un réseau social entièrement hors ligne, bâti sur la patience et la curiosité.
Une démarche qui divise
Si l’histoire fascine, elle ne fait pas l’unanimité. Certains y voient un geste poétique, presque romantique, rappelant une époque où le temps s’écoulait différemment. D’autres dénoncent une pratique irresponsable, pointant du doigt l’impact environnemental de ces bouteilles jetées à la mer.
Harold Hackett, lui, assume. Il explique avoir toujours utilisé des bouteilles récupérées et affirme ne jamais avoir imaginé l’ampleur de ce que son geste provoquerait. Pour lui, l’essentiel reste ailleurs : dans l’émotion de recevoir une lettre inattendue.
Refuser Internet pour mieux connecter les gens
À l’heure où les réseaux sociaux dominent les échanges, Harold Hackett fait figure d’exception. Il n’a jamais vraiment adopté l’ordinateur et ne semble pas en ressentir le besoin. Chaque lettre reçue est lue avec attention, et chaque réponse est écrite à la main.
Cette lenteur volontaire contraste avec l’instantanéité du monde actuel. Elle pose une question simple mais dérangeante : faut-il vraiment être connecté pour se sentir proche des autres ?
Sources
CBC News
Reportage original diffusé par CBC News, juillet 2015.

