Invitée du média Le Crayon, Ségolène Royal n’a pas mâché ses mots. Face à la question des rodéos urbains, régulièrement au cœur de l’actualité pour leurs dérives parfois mortelles, l’ancienne ministre a choisi de prendre le problème à contre-courant. Là où l’État durcit les sanctions, elle propose de regarder ces jeunes autrement : non pas seulement comme des délinquants, mais comme des adolescents animés par une passion mal canalisée.
Dans un ton à la fois ferme et empathique, elle insiste sur un point qui fait grincer des dents : « Avoir une passion, c’est déjà quelque chose de formidable ». Une phrase qui, sortie de son contexte, a enflammé les réseaux sociaux.
Éduquer plutôt que réprimer
Pour Ségolène Royal, la logique actuelle montre ses limites. Confisquer et détruire les deux-roues reviendrait, selon elle, à couper ces jeunes de leur seul centre d’intérêt, avec le risque de les pousser vers des activités bien plus dangereuses, comme le trafic de drogue. Son raisonnement est simple : sans alternative, la répression seule crée un vide.
Elle imagine alors un cadre structuré, loin des quartiers, où ces adolescents seraient à nouveau scolarisés, encadrés par des professionnels, des motards expérimentés et même des représentants des forces de l’ordre. L’objectif affiché n’est pas de banaliser les rodéos, mais de transformer une pratique illégale en apprentissage encadré.
Une école de cascadeurs pour le cinéma français ?
C’est la partie la plus controversée de sa proposition. Ségolène Royal évoque la création d’une véritable école de cascadeurs, destinée notamment au cinéma français. Une idée qui surprend autant qu’elle intrigue. Pour elle, ces jeunes maîtrisent déjà des gestes techniques impressionnants, mais les utilisent dans un contexte dangereux. Pourquoi ne pas les former, les professionnaliser et leur offrir des débouchés concrets, comme les métiers de la mécanique ou de la cascade ?
Dans son esprit, cette approche permettrait de conjuguer prévention, insertion professionnelle et sécurité publique. Une vision que certains qualifient d’utopique, d’autres de profondément humaine.
Une proposition à contre-courant de la politique actuelle
Cette sortie médiatique intervient alors que le gouvernement affiche une ligne beaucoup plus ferme. En décembre dernier, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez présentait les contours d’un projet de loi renforçant les sanctions contre les rodéos urbains. Suspension immédiate du permis, saisie du véhicule : l’exécutif mise clairement sur la dissuasion.
Deux visions s’opposent donc frontalement. D’un côté, la sanction pour restaurer l’ordre. De l’autre, l’éducation et la formation pour prévenir la récidive. Un choc idéologique qui divise l’opinion publique.
Une idée audacieuse ou totalement irréaliste ?
Sur les réseaux sociaux, la proposition de Ségolène Royal suscite des réactions passionnées. Certains saluent une approche innovante, capable de redonner un avenir à des jeunes souvent marginalisés. D’autres dénoncent un signal jugé dangereux, estimant qu’il reviendrait à « récompenser » des comportements à risque.
Une chose est sûre : en quelques phrases, l’ancienne ministre a réussi à remettre la question des rodéos urbains au cœur du débat public. Et à rappeler que derrière les faits divers, se cache une problématique sociale bien plus profonde.
Sources
Interview de Ségolène Royal accordée au média Le Crayon
Déclarations du ministère de l’Intérieur – projet de loi sur la sécurité du quotidien


