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La préfecture du Nord dit non à l’ouverture d’une classe de primaire dans l’établissement musulman à Lille


Malgré une victoire judiciaire récente, le groupe scolaire musulman Averroès se heurte à un nouveau refus de l’État. En cause : des soupçons persistants de proximité idéologique avec les Frères musulmans. Une décision administrative qui ravive une polémique explosive et pose une question sensible : jusqu’où va la défiance ?

À Lille, le climat est de nouveau électrique autour du Groupe scolaire Averroès. L’établissement, déjà au cœur de plusieurs batailles juridiques, a annoncé s’être vu refuser l’ouverture d’une classe de primaire par la Préfecture du Nord. Un projet pourtant déposé dans les règles, avec l’objectif d’accueillir une classe de CP dès la rentrée 2026.

Dans un courrier officiel daté de fin janvier, l’administration estime que ce projet éducatif se rattacherait « clairement » à la mouvance des Frères musulmans. Une accusation lourde de sens, qui suffit à justifier, selon la préfecture, un avis défavorable.

Une école déjà blanchie par la justice

Ce refus surprend d’autant plus qu’il intervient quelques mois seulement après une décision judiciaire favorable à l’établissement. En 2023, le contrat d’association du lycée Averroès avec l’État avait été rompu pour de supposés « manquements graves aux principes de la République ». Une décision finalement annulée par le Tribunal administratif au printemps 2025.

Les juges avaient alors estimé que l’État n’avait pas apporté de preuves suffisantes concernant un manque de pluralisme ou un enseignement contraire aux valeurs républicaines. Pour beaucoup, cette décision devait marquer la fin d’un long bras de fer. Mais sur le terrain, la méfiance institutionnelle semble intacte.

« Une éternelle suspicion » dénoncée par la direction

Pour le directeur de l’établissement, Éric Dufour, ce nouveau refus a un goût amer. « C’est toujours la même suspicion qui ressurgit, comme si la justice n’avait rien effacé », confie-t-il, visiblement lassé. L’école, qui accueille aujourd’hui près de 800 élèves, reste pourtant le principal établissement musulman de France, un statut qui la place en permanence sous les projecteurs.

Face à cette décision, un recours en référé est déjà en préparation. L’objectif est clair : obtenir une suspension rapide du refus préfectoral afin de pouvoir ouvrir la classe à temps.

Frères musulmans : le soupçon qui ne disparaît jamais

Le nom des Frères musulmans revient comme une ombre persistante dans le dossier. Historiquement, l’établissement a bénéficié du soutien de l’ex-UOIF, devenue Musulmans de France, une organisation issue de cette mouvance. Un lien que l’école reconnaît sur le plan historique, tout en niant toute influence idéologique actuelle sur ses programmes ou son équipe pédagogique.

Mais dans un contexte politique tendu, cette nuance peine à convaincre. Fin janvier, l’Assemblée nationale a adopté une résolution appelant à engager une procédure pour inscrire les Frères musulmans sur la liste européenne des organisations terroristes. Un signal fort, qui pèse forcément sur les décisions administratives locales.

Un débat qui dépasse largement Lille

Au-delà du cas Averroès, cette affaire relance un débat de fond sur la place de l’enseignement privé confessionnel musulman en France. Jusqu’où peut aller le principe de précaution de l’État sans basculer dans la stigmatisation ? À partir de quand le soupçon devient-il une sanction en soi ?

Entre sécurité, laïcité et liberté d’enseignement, la ligne est étroite. Et pour le groupe scolaire Averroès, l’histoire semble loin d’être terminée.

Sources

AFP