Le 12 janvier, le fabricant de jouets Mattel a dévoilé une nouvelle poupée intégrée à sa gamme Barbie Fashionistas. Particularité : cette Barbie est présentée comme autiste. L’objectif affiché par la marque est clair : refléter davantage la diversité du monde réel et permettre à plus d’enfants de se reconnaître dans leurs jouets.
Dans sa communication, Mattel explique vouloir aider les enfants à comprendre que chacun perçoit le monde différemment. Une ambition louable sur le papier, qui s’inscrit dans une stratégie plus large de représentation de différentes morphologies, handicaps et particularités physiques au sein de la célèbre gamme.
Une poupée conçue avec des personnes concernées
Pour concevoir cette Barbie, Mattel a collaboré avec Autistic Self Advocacy Network, une organisation américaine dirigée par et pour des personnes autistes. La poupée a ainsi été pensée pour refléter certains traits associés à l’autisme : des mouvements répétitifs rendus possibles par ses articulations, un regard légèrement décalé, ou encore des accessoires comme un casque anti-bruit et un fidget spinner.
Pour Colin Killick, directeur exécutif de l’organisation, cette représentation est essentielle. Selon lui, voir des figures positives et reconnaissables dans les jouets peut aider les enfants autistes à se sentir compris et valorisés, tout en sensibilisant les autres à la différence.
“Extrêmement choquée” : la colère de SOS Autisme
Mais très vite, l’enthousiasme de certains a laissé place à une polémique. En France, la présidente de SOS Autisme, Olivia Cattan, a exprimé une vive indignation. Elle se dit « extrêmement choquée » par cette initiative, qu’elle juge réductrice.
Selon elle, l’autisme est un trouble sérieux et complexe, et cette poupée donnerait l’impression qu’il peut se résumer à quelques accessoires. Elle dénonce une vision trop simplifiée, voire marketing, qui risquerait de banaliser une réalité souvent marquée par de grandes difficultés pour les personnes concernées et leurs familles.
Une représentation qui divise jusqu’aux personnes autistes
La controverse ne s’arrête pas là. Sur les réseaux sociaux, les avis sont profondément partagés, y compris parmi les personnes autistes elles-mêmes. Certaines critiquent l’utilisation de stéréotypes et rappellent que le trouble du spectre autistique recouvre une multitude de profils très différents, impossibles à résumer en une seule poupée.
À l’inverse, des voix s’élèvent pour défendre cette initiative. L’autrice Emily Katy, elle-même autiste, a partagé son émotion en découvrant cette Barbie. Elle estime que la représentation dans les jouets joue un rôle clé dans la normalisation de l’autisme et dans la compréhension de la différence dès le plus jeune âge. Elle rappelle également le retard fréquent de diagnostic chez les filles et les femmes, un point rarement mis en avant.
Inclusion sincère ou coup marketing maladroit ?
Au-delà de la poupée, cette polémique pose une question plus large : comment représenter l’autisme sans le caricaturer ? Peut-on vraiment condenser une réalité aussi complexe dans un objet destiné aux enfants ? Pour certains, cette Barbie ouvre une porte vers plus de tolérance et de visibilité. Pour d’autres, elle franchit une ligne rouge en transformant un trouble neurologique en produit de consommation.
Une chose est sûre : en voulant bien faire, Mattel a lancé un débat de fond qui dépasse largement le monde du jouet. Et cette Barbie, censée rassembler, se retrouve aujourd’hui au cœur d’une fracture entre inclusion, émotion et indignation.
Sources
Franceinfo
Communiqué officiel de Mattel
Déclarations de SOS Autisme
Autistic Self Advocacy Network


