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Ce maire préfère payer une amende et démissionner plutôt que de marier un ressortissant algérien sous OQTF


Payer 500 euros d’amende par jour, quitter son fauteuil de maire après 37 ans de mandat et assumer la tempête politique : à Chessy, en Seine-et-Marne, une décision radicale fait vaciller la frontière entre devoir légal et conviction personnelle. Une affaire qui divise bien au-delà de la commune.

À Chessy, paisible commune de Seine-et-Marne, un mariage a suffi à provoquer une crise institutionnelle. En refusant de célébrer l’union entre une ressortissante européenne et un ressortissant algérien visé par une obligation de quitter le territoire français, le maire Olivier Bourjot a choisi la rupture. Une rupture nette, assumée, et surtout publique.

Face à une injonction judiciaire lui ordonnant de procéder à la cérémonie, l’élu a préféré se retirer de ses fonctions exécutives. Une décision lourde de sens, après 37 années passées à la tête de la municipalité. Pour lui, la ligne rouge était franchie.

« Un problème d’autorité et de logique »

Dans ses prises de parole, le maire n’a jamais caché son malaise. Il jugeait ce mariage « insincère » et dénonçait un dysfonctionnement plus large de l’État. Selon lui, célébrer cette union revenait à assumer les conséquences d’une situation administrative non réglée depuis plusieurs années.

L’homme parlait d’autorité, d’exemplarité et de cohérence. Des mots forts, portés par une conviction intime : celle que le maire ne doit pas être l’ultime maillon d’un système qui, selon lui, n’a pas fait son travail en amont.

La justice tranche, la mairie résiste

Saisie par la municipalité, la justice a pourtant estimé qu’aucun élément ne permettait de prouver une intention frauduleuse. Après enquête, le parquet a conclu à la sincérité de la relation, soulignant l’existence de preuves attestant du caractère personnel et amoureux du couple.

Le procureur de la République de Meaux a rappelé à plusieurs reprises au maire ses obligations légales. Malgré ces échanges et une tentative de conciliation, la position de l’élu est restée inchangée. Le 10 décembre 2025, une ordonnance judiciaire est venue contraindre la mairie à célébrer le mariage.

C’est à ce moment précis que la décision de démissionner a été prise.

Une démission qui ne met pas fin aux risques judiciaires

Dans un communiqué, le procureur Jean-Baptiste Bladier a pris acte de la démission tout en rappelant un point clé : quitter ses fonctions n’efface pas les faits. L’opposition persistante du maire à l’exécution d’une décision de justice pourrait, selon le parquet, caractériser une infraction pénale.

Autrement dit, le geste est symbolique, mais ses conséquences pourraient dépasser le simple cadre politique. Olivier Bourjot et ses adjoints restent toutefois membres du conseil municipal, marquant leur volonté de continuer à peser localement, sans assumer la responsabilité directe de la cérémonie.

Un débat national qui dépasse Chessy

Cette affaire soulève une question brûlante : jusqu’où va l’obligation d’un maire lorsque la loi se heurte à ses convictions ? Le séjour irrégulier, en l’absence d’exécution d’une OQTF, n’est pas un motif légal suffisant pour s’opposer à un mariage. Un principe juridique clair, mais difficile à accepter pour certains élus de terrain.

Entre respect strict de l’État de droit et sentiment d’injustice face à l’inaction administrative, le cas de Chessy agit comme un révélateur. Il met en lumière les tensions profondes entre institutions, élus locaux et citoyens, dans un contexte où les questions migratoires restent hautement inflammables.

Sources

TF1 / LCI – Reportages et déclarations officielles
Parquet de Meaux – Communiqués judiciaires
Décisions de justice rendues en décembre 2025