Le 29 mars dernier, la petite commune de Montpont-en-Bresse, en Saône-et-Loire, a été le théâtre d’une scène inhabituelle. À la sortie de la mairie, pas de riz ni d’applaudissements pour les jeunes mariés, mais des cris, des huées et une foule tendue. Danielle Perret, 76 ans, et Fadi Laraifa, 35 ans, venaient pourtant de s’unir légalement, sous l’autorité de la maire Anne Trontin, visiblement très affectée par la situation.
Ce mariage, loin d’être anodin, avait été précédé de jours de crispation. Dans ce village d’un millier d’habitants, la nouvelle s’était répandue rapidement, alimentant incompréhension et colère. La raison de cette agitation : le profil du couple, jugé explosif par une partie de la population locale.
Une union qui bouscule les lignes politiques
Danielle Perret n’est pas une inconnue sur le plan politique. Elle a été à deux reprises candidate aux élections départementales sous l’étiquette du Rassemblement national. Son époux, Fadi Laraifa, est de nationalité tunisienne et se trouvait en situation irrégulière au moment du mariage. Il faisait alors l’objet d’une obligation de quitter le territoire français, une OQTF, assortie d’une interdiction de retour.
L’écart d’âge, plus de quarante ans, et l’engagement politique passé de la mariée ont suffi à nourrir toutes les suspicions. Très vite, certains élus locaux ont évoqué la possibilité d’un mariage blanc. Une hypothèse lourde de conséquences, mais qui, juridiquement, ne pouvait être avancée sans enquête.
Soupçons, enquête et réponse de la justice
Cinq jours avant la cérémonie, la maire et un député local avaient saisi le procureur de la République, estimant que cette union méritait d’être examinée. Une enquête a alors été menée afin de déterminer si le projet de mariage était sincère ou s’il visait uniquement à contourner la loi sur l’immigration.
Le verdict judiciaire est tombé quelques mois plus tard. Le procureur a conclu qu’aucun élément ne permettait d’affirmer que le mariage était dénué d’intention matrimoniale. Autrement dit, les soupçons n’étaient pas fondés juridiquement. Le magistrat a rappelé un principe fondamental : le mariage relève de la liberté individuelle et ne peut être empêché pour des raisons administratives ou politiques.
La loi face à l’émotion collective
Ce rappel à la loi n’a pas suffi à apaiser les tensions. Pour beaucoup, la situation reste incompréhensible, voire choquante. Pourtant, le cadre légal est clair. Un maire ne peut refuser de célébrer un mariage en raison de la situation administrative d’un des époux. Même une OQTF, mesure administrative et non judiciaire, ne constitue pas un obstacle légal à l’union.
Contrairement à certaines idées reçues, se marier avec un Français n’entraîne pas automatiquement l’obtention de la nationalité ou d’un titre de séjour durable. Il s’agit d’une première étape, encadrée, qui ouvre seulement la possibilité de déposer une demande de visa ou de séjour, sans garantie de résultat.
Un couple séparé, mais déterminé
Peu après le mariage, Fadi Laraifa a quitté le territoire français pour retourner en Tunisie, respectant ainsi les conditions posées par l’administration. L’interdiction de retour qui accompagnait son OQTF a été levée, comme cela avait été annoncé, lui permettant d’envisager un retour légal.
Depuis, le jeune marié constitue un dossier de demande de visa de long séjour en tant que conjoint d’une Française. De son côté, Danielle Perret s’est rendue en Tunisie pour retrouver son époux. Malgré la distance et la polémique persistante, le couple affirme vouloir avancer sereinement.
À l’approche de leur premier anniversaire de mariage, ils espèrent pouvoir le célébrer ensemble, soit dans la maison de Montpont-en-Bresse, soit en Tunisie. Un souhait simple, presque banal, mais qui reste suspendu aux décisions administratives.
Une affaire révélatrice d’un malaise plus large
Au-delà du fait divers, cette histoire met en lumière un malaise profond. Elle interroge le rapport entre convictions politiques et vie privée, entre droit et opinion publique, entre émotion collective et principes fondamentaux. Pour certains, ce mariage incarne une contradiction idéologique. Pour d’autres, il rappelle que la loi protège avant tout les libertés individuelles, même lorsque celles-ci dérangent.
Une chose est sûre : cette union, célébrée dans un petit village de Saône-et-Loire, a dépassé largement le cadre local. Elle continue d’alimenter débats, commentaires et réactions bien au-delà des frontières de Montpont-en-Bresse.
Sources
Journal de Saône-et-Loire
Déclarations du procureur de la République de Saône-et-Loire
Droit français relatif au mariage et aux obligations de quitter le territoire français


