Laura n’a que 14 ans. Comme beaucoup d’adolescentes de sa génération, elle aime maquiller son regard et suivre les tendances vues sur les réseaux sociaux. Les faux cils font partie de son quotidien. Cette fois-là, elle les a commandés sur Temu, attirée par un prix dérisoire et une livraison rapide.
Au matin, pourtant, tout change. Son œil est presque impossible à ouvrir. Collé, purulent, douloureux. « Je pensais que ça allait passer », confie-t-elle plus tard. Elle part même à l’école, minimisant les premiers signes. Mais au fil des heures, la gêne devient insupportable : démangeaisons intenses, rougeur vive, sensation de brûlure. La routine beauté se transforme en urgence médicale.
L’avis des médecins : des cas loin d’être isolés
Aux urgences ophtalmologiques, le diagnostic tombe rapidement : une inflammation sévère liée au port prolongé de faux cils et à la colle utilisée. Pour la docteure Alexandra Bograd, médecin-cheffe en ophtalmologie, ce type de situation est de plus en plus fréquent. Elle observe une hausse nette des consultations liées aux faux cils et extensions, en particulier chez les jeunes filles.
Les symptômes varient, mais le danger est bien réel. Inflammations du bord des paupières, réactions conjonctivales marquées, et parfois même atteintes de la cornée. Des complications qui peuvent laisser des séquelles si elles ne sont pas prises en charge à temps. Dans certains cas, la vue peut être durablement affectée.
Cosmétiques low-cost : le flou inquiétant des plateformes étrangères
Si tout produit cosmétique peut provoquer une allergie, les spécialistes pointent surtout les achats effectués hors du cadre européen. Dans l’Union européenne, l’étiquetage des ingrédients est obligatoire et des seuils précis sont imposés pour certaines substances. Ce cadre vise à protéger les consommateurs, en particulier les plus vulnérables.
Avec une place de marché comme Temu, la situation devient plus floue. La plateforme met en relation des vendeurs du monde entier, dont certains échappent aux normes européennes. Résultat : des colles pour faux cils ou des produits de maquillage dont la composition exacte reste parfois incertaine. Un risque d’autant plus préoccupant lorsque ces produits se retrouvent entre les mains d’adolescents.
Adolescents et contournement des règles : un problème bien réel
Officiellement, Temu affirme réserver ses services aux personnes majeures. Dans la pratique, de nombreux adolescents contournent facilement cette règle en utilisant le compte ou la carte bancaire d’un parent. Laura n’est pas un cas isolé. Son histoire met en lumière une réalité largement répandue : l’accès quasi illimité des mineurs à des produits cosmétiques bon marché, sans véritable contrôle.
Ce phénomène inquiète les associations de consommateurs. Les jeunes, attirés par les tendances et les prix cassés, n’ont pas toujours conscience des risques. Les parents, eux, découvrent souvent le problème une fois l’incident survenu.
Enquêtes et alertes en Europe
Le cas de Laura s’inscrit dans un contexte plus large. Fin 2025, plusieurs organisations européennes, dont UFC-Que Choisir, ont mené des tests sur des produits achetés via Temu. Les résultats sont préoccupants : une large majorité des articles contrôlés se sont révélés non conformes aux règles européennes, et plus de la moitié présentaient un risque pour la sécurité des utilisateurs.
Face à ces constats, la Commission européenne a ouvert une enquête et évoque un « risque élevé » de produits illégaux circulant sur la plateforme. Après les jouets ou les chargeurs défectueux, les cosmétiques rejoignent la liste des produits surveillés de près.
Un avertissement silencieux pour les familles
Pour Laura, l’histoire se termine par une forte inflammation et une prise en charge médicale rapide. Elle a eu de la chance. D’autres pourraient ne pas s’en sortir aussi bien. Son témoignage agit comme un signal d’alarme, rappelant que derrière un geste beauté apparemment banal se cachent parfois des dangers invisibles.
À l’heure où les plateformes low-cost séduisent toujours plus de jeunes consommateurs, la question reste entière : jusqu’où accepter ces risques pour quelques euros économisés ? Pour de nombreux médecins, la réponse est claire : quand il s’agit des yeux, le prix à payer peut être bien trop élevé.
Sources
20 Minutes Suisse
UFC-Que Choisir
Commission européenne
Témoignages et déclarations de spécialistes en ophtalmologie

