Sans faire de bruit, un changement majeur est en train de s’opérer dans le paysage bancaire français. Depuis 2024, plusieurs milliers de distributeurs automatiques de billets disparaissent peu à peu, remplacés par des automates d’un nouveau genre. Derrière cette transformation, trois poids lourds du secteur bancaire ont décidé d’unir leurs forces pour revoir en profondeur l’accès à l’argent liquide.
Les banques concernées sont BNP Paribas, Société Générale et Crédit Mutuel Alliance Fédérale, propriétaire du réseau CIC. Ensemble, elles ont lancé un projet commun baptisé Cash Services, avec une ambition claire : remplacer totalement leurs anciens DAB par un parc unique de 7 000 automates d’ici fin 2026.
Cash Services, le nouveau visage des retraits d’argent
Derrière le nom Cash Services se cache la marque commerciale de 2SF, la Société des Services Fiduciaires. Le principe est simple sur le papier : mutualiser les distributeurs pour réduire les coûts et maintenir un accès au retrait d’argent, aussi bien en ville qu’en zone rurale.
Concrètement, les anciens distributeurs aux couleurs familières des banques disparaissent au profit d’automates neutres, tous siglés Cash Services. Une fois la carte bancaire insérée, l’écran affiche pourtant l’environnement habituel du client. « Dès que l’on introduit sa carte, c’est l’univers de sa banque qui apparaît », a assuré Olivier Fournier, président de 2SF, dans une déclaration au Parisien.
Ces nouveaux automates ne se limitent pas au retrait d’espèces. Ils permettent également le dépôt de billets et de chèques, comme les anciens guichets automatiques accolés aux agences.
Des promesses alléchantes pour les clients… sur le papier
Pour les clients, l’argument principal mis en avant est celui des retraits gratuits. Avec Cash Services, il n’y a plus de notion de retrait « déplacé ». Peu importe la banque d’origine, l’utilisateur peut retirer de l’argent sans frais supplémentaires sur l’ensemble du réseau commun.
Les banques promettent également un gain de temps, grâce à un nombre plus important de points de retrait répartis sur le territoire. Une promesse séduisante, à l’heure où de nombreuses agences ferment leurs portes et où l’accès aux services bancaires devient un sujet sensible.
Une logique économique avant tout
Si le discours officiel met en avant le service rendu aux Français, l’intérêt économique pour les banques est évident. Entre l’entretien, la sécurité, la maintenance et l’approvisionnement en espèces, un distributeur coûte cher. En mutualisant les automates, les établissements réduisent considérablement leurs dépenses tout en conservant une présence minimale sur le terrain.
Selon 2SF, l’installation d’un automate n’est rentable qu’à partir de 2 500 à 3 000 retraits par mois. En dessous de ce seuil, le modèle économique devient fragile. Un chiffre qui explique pourquoi toutes les communes ne bénéficieront pas de ces nouveaux distributeurs.
Les zones rurales, grandes gagnantes… ou grandes oubliées ?
C’est là que le débat s’enflamme. Cash Services prévoit de proposer ses automates à des communes ne disposant d’aucune agence bancaire partenaire. Une offre destinée aux collectivités locales, présentée comme une réponse à la désertification bancaire.
Mais dans les faits, chaque implantation sera étudiée au cas par cas. Le flux potentiel de retraits mensuels sera déterminant. Certaines communes pourraient donc rester sans distributeur, faute de volume suffisant. Une perspective qui inquiète élus locaux et habitants, déjà confrontés à la disparition progressive des services publics.
Une transformation qui divise déjà les Français
Modernisation nécessaire pour les uns, recul du service de proximité pour les autres. La disparition des distributeurs traditionnels touche à un symbole fort : l’accès direct à son argent. Si les banques promettent une transition en douceur, beaucoup de clients redoutent une nouvelle étape vers une banque toujours plus distante et automatisée.
D’ici 2026, le paysage des retraits d’espèces aura profondément changé. Reste à savoir si cette révolution silencieuse sera réellement acceptée par les Français… ou si elle laissera derrière elle un sentiment d’abandon.
Sources
Le Parisien
Communiqués officiels de BNP Paribas, Société Générale et Crédit Mutuel Alliance Fédérale
Déclarations de la Société des Services Fiduciaires (2SF)


