Actualités

Un ancien élu RN en garde à vue après avoir déposé du saucisson de porc devant une mosquée en Isère


Un acte glaçant, une ville sous tension et un nom qui refait surface. À Fontaine, le dépôt d’ossements de porc devant une salle de prière musulmane a conduit les enquêteurs jusqu’à un ancien conseiller municipal d’extrême droite, déjà condamné par le passé. Retour sur une affaire qui choque, interroge et ravive de profondes blessures.

Le 19 septembre dernier, la scène découverte rue Marguerite-Tavel, à Fontaine, a provoqué une onde de choc. Devant la porte d’une salle de prière musulmane, des ossements de porc sont retrouvés, déposés de manière volontaire. Très vite, l’acte est perçu comme une provocation grave, à caractère islamophobe, et suscite une vive émotion parmi les fidèles comme au sein de la population locale.

Dans une ville jusque-là relativement épargnée par ce type de faits, l’événement marque un tournant. Les autorités ouvrent immédiatement une enquête, confiée aux services de police judiciaire de l’Isère, afin d’identifier l’auteur ou les auteurs de ce geste considéré comme une atteinte directe à la liberté de culte.

L’enquête mène à un ancien élu controversé

Après plusieurs semaines d’investigations, un nom émerge. Celui de Franck Sinisi, ancien conseiller municipal d’extrême droite à Fontaine. Âgé de 53 ans, il est placé en garde à vue mardi en début de soirée, avant d’être déféré au parquet à l’issue de son audition.

Selon les éléments de l’enquête, les faits sont qualifiés de « dégradations ou détériorations d’un édifice affecté au culte » et de « provocation publique à la haine ou à la violence en raison de la religion ». Des qualifications lourdes, qui traduisent la gravité des actes reprochés et leur portée symbolique.

Un passé judiciaire qui ressurgit

Pour beaucoup, cette interpellation n’a rien d’anodin. Franck Sinisi est déjà connu de la justice. En 2019, la cour d’appel de Grenoble l’avait condamné pour des propos tenus lors d’un conseil municipal en 2017, visant la communauté rom. Des déclarations jugées ouvertement racistes, qui lui avaient valu une peine de prison avec sursis et une inéligibilité de plusieurs années.

Élu en 2014 sous l’étiquette du Front national, il avait ensuite été exclu du parti, avant d’être déclaré démissionnaire d’office en 2020 par le préfet de l’Isère. Pour certains habitants, ce passé alourdit considérablement les soupçons et donne à l’affaire une dimension encore plus troublante.

Une ville qui veut tourner la page

Du côté de la mairie, la réaction ne s’est pas fait attendre. Le maire de Fontaine a salué l’aboutissement de l’enquête, exprimant sa satisfaction de voir ces faits ne pas rester impunis. Il a également rappelé les efforts récents de la commune en matière de sécurité, notamment le renforcement de la vidéoprotection et des effectifs de police municipale, ayant permis une amélioration notable du taux d’élucidation.

Mais au-delà des chiffres, c’est le climat local qui préoccupe. Pour de nombreux habitants, cette affaire ravive la crainte d’une banalisation des actes haineux et relance le débat sur la responsabilité publique, en particulier lorsque les suspects sont d’anciens représentants élus.

Une affaire judiciaire aux répercussions profondes

Désormais entre les mains de la justice, le dossier pourrait connaître de nouveaux développements dans les semaines à venir. En attendant, l’affaire continue de susciter indignation et débats, bien au-delà de Fontaine. Elle rappelle, une fois de plus, que certains actes symboliques peuvent profondément heurter, fracturer et laisser des traces durables dans le vivre-ensemble.

Sources :
Le Parisien