Elle pensait souffler. Après des mois de procédure, la justice administrative avait suspendu son licenciement et ordonné sa réintégration provisoire. Pourtant, quelques semaines plus tard, Majdouline B., infirmière à l’Assistance publique–Hôpitaux de Paris, se retrouve à nouveau sanctionnée. Huit mois de suspension. Pour les mêmes faits.
Selon une enquête révélée par Mediapart, la direction hospitalière aurait décidé de maintenir une mesure disciplinaire lourde, malgré l’ordonnance rendue début janvier par le tribunal administratif de Paris. Une décision qui provoque incompréhension et colère chez les soutiens de la soignante.
Le cœur du conflit : un couvre-chef devenu symbole
À l’origine de l’affaire, un calot chirurgical. Un simple couvre-chef en tissu, porté habituellement en bloc opératoire ou en réanimation. Majdouline B. affirme le porter quotidiennement depuis son embauche en 2018, sans qu’aucune remarque ne lui ait été faite pendant plusieurs années.
Mais en 2025, la situation bascule. Sa hiérarchie lui reproche ce port jugé incompatible avec les principes de laïcité. Convocations à répétition, blâme, puis conseil disciplinaire : le conflit s’enlise. En octobre, la sanction tombe. L’infirmière est licenciée et radiée de la fonction publique.
Le tribunal évoque une sanction « disproportionnée »
Saisie par la soignante, la justice administrative tranche partiellement en sa faveur. Le juge des référés reconnaît l’existence d’une faute disciplinaire, mais souligne une possible absence de proportion entre les faits reprochés et la sanction infligée. Résultat : le licenciement est suspendu et la direction de l’AP-HP est sommée de réintégrer provisoirement l’infirmière sous un mois.
Une décision perçue comme un rééquilibrage. Mais sur le terrain, rien ne change. La réintégration n’a pas lieu, et une nouvelle suspension est prononcée. Pour l’avocat de Majdouline B., Lionel Crusoé, « l’ordonnance du tribunal administratif n’a pas été respectée ». Une nouvelle contestation judiciaire est désormais engagée.
Une affaire qui dépasse le cas individuel
Très vite, le dossier sort du cadre strictement juridique. Devant le tribunal administratif, fin décembre, des dizaines de soignants et de syndicalistes se rassemblent. L’affaire Majdouline devient un symbole. Celui d’une institution accusée de dérives disciplinaires et d’une interprétation jugée excessive de la laïcité.
Le syndicat Sud Santé dénonce une politique ciblant principalement des femmes, sur fond de présomptions religieuses. Dans un communiqué, il évoque une dérive sexiste et raciste, accusant la direction de vouloir contrôler l’apparence des agentes sans preuve de manifestation religieuse.
Laïcité à l’hôpital : une ligne de fracture
La CGT de l’hôpital Tenon a annoncé un nouveau rassemblement mi-février pour dénoncer ce qu’elle qualifie de « dérives de la laïcité à l’hôpital ». Un débat sensible, où se mêlent principes républicains, libertés individuelles et conditions de travail dans un service public déjà sous tension.
Contactée par la presse, l’Assistance publique–Hôpitaux de Paris n’a pas, à ce stade, répondu publiquement aux accusations relayées par les médias. Le silence de l’institution alimente encore davantage la polémique.
Une attente lourde de conséquences
En attendant une décision sur le fond de l’affaire, Majdouline B. reste suspendue. Pour elle, comme pour ses soutiens, le sentiment est amer. « C’est de l’acharnement », résument-ils. Au-delà de son cas personnel, c’est la question du respect des décisions de justice par les administrations publiques qui est désormais posée.
Une affaire qui pourrait bien faire jurisprudence… et continuer à secouer l’hôpital public.
Sources
Mediapart, enquête publiée le 31 janvier 2026
Libération, article du 31 janvier 2026
Tribunal administratif de Paris, ordonnance de référé (janvier 2026)

