Depuis leur retour au pouvoir en 2021, les talibans n’ont cessé de restreindre la place des femmes dans la société afghane. Mais une nouvelle décision judiciaire prise en janvier 2026 provoque aujourd’hui une vague d’indignation dans les milieux juridiques et associatifs.
Selon plusieurs spécialistes du droit et militants pour les libertés, le nouveau code pénal instauré par les autorités talibanes introduit une hiérarchisation des violences au sein du foyer. En clair, certaines violences conjugales seraient désormais considérées comme tolérables tant qu’elles ne provoquent pas de blessures graves, comme des fractures.
Pour les défenseurs des droits humains, cette logique juridique marque une étape supplémentaire dans l’effacement des protections accordées aux femmes. Elle transforme, selon leurs mots, des millions d’Afghanes en personnes privées de recours face aux violences domestiques.
Une comparaison qui fait scandale
Ce qui choque particulièrement les observateurs est la comparaison avec la protection accordée aux animaux. Dans ce nouveau cadre juridique, les sanctions prévues pour les violences envers les femmes peuvent être extrêmement légères.
Par exemple, un homme reconnu coupable d’avoir fracturé le bras de sa femme pourrait risquer une peine d’environ quinze jours de prison. À l’inverse, les sanctions pour la maltraitance d’un chameau peuvent dépasser plusieurs mois d’incarcération.
Cette disproportion a suscité de nombreuses réactions. Pour plusieurs juristes et militants, elle symbolise l’inversion totale des priorités juridiques dans le pays. Certains dénoncent même une loi qui, selon eux, institutionnalise la violence au sein du foyer en définissant précisément ce qui peut être toléré.
Une parole qui s’élève depuis l’exil
Face à cette situation, plusieurs voix se font entendre à l’étranger. Parmi elles, des militantes afghanes réfugiées en Europe qui dénoncent la disparition progressive des droits des femmes dans leur pays.
Des personnalités engagées, comme l’athlète afghane Marzieh Hamidi ou l’avocate française Inès Davau, alertent régulièrement l’opinion publique sur l’évolution du système juridique sous le régime taliban. Dans plusieurs prises de parole et tribunes, elles expliquent que ces nouvelles règles enferment les femmes dans un statut de dépendance totale vis-à-vis de leur mari.
Selon elles, la violence domestique ne serait plus seulement tolérée par la société, mais encadrée et légitimée par le droit lui-même.
Un recul continu des droits des Afghanes
Depuis la reprise du pouvoir par les talibans, les restrictions se sont multipliées. Les adolescentes ont été exclues de l’enseignement secondaire et universitaire. De nombreuses femmes ont également été écartées de la plupart des emplois publics et privés.
Leur accès à l’espace public est aussi fortement limité. Dans plusieurs régions, elles ne peuvent se déplacer qu’accompagnées d’un membre masculin de leur famille et doivent respecter des règles vestimentaires strictes.
Dans ce contexte, les associations internationales affirment que la nouvelle orientation du droit pénal s’inscrit dans une stratégie plus large visant à réduire encore davantage l’autonomie des femmes.
Une indifférence internationale dénoncée
Alors que l’attention internationale se concentre souvent sur d’autres crises au Moyen-Orient, certains militants regrettent que la situation en Afghanistan reçoive moins d’attention médiatique.
Pour eux, ce silence risque d’avoir des conséquences directes. En l’absence de pression diplomatique ou médiatique, les autorités talibanes pourraient continuer à renforcer ces mesures sans véritable opposition.
Pour les défenseurs des droits humains, la situation actuelle représente l’un des reculs les plus marqués des droits des femmes au XXIe siècle. Et derrière les débats juridiques, ce sont des millions de femmes afghanes qui continuent de vivre sous un système où leur protection reste extrêmement fragile.
Sources
Le Figaro – Tribune d’Inès Davau, Marzieh Hamidi et Baptiste Bérard Proust
Ouvrage Ils n’auront pas mon silence (Robert Laffont, 2025)
Organisations de défense des droits humains et analyses sur la situation des femmes en Afghanistan (ONU, ONG internationales)


