À Marseille, le projet audacieux lancé en 2019 de construire un théâtre au sein de la prison des Beaumettes continue de faire couler beaucoup d’encre. Initié par l’ancien garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti, ce théâtre est envisagé comme un moyen novateur de promouvoir la réinsertion professionnelle des détenus. Cependant, il fait face à une opposition virulente de la part du personnel pénitentiaire. Florence Mendez et Marc Berkane, figures représentatives des syndicats, sont particulièrement vocales quant à leur désaccord.
Un projet ambitieux sous les feux de la rampe
Depuis son annonce, le projet de théâtre au centre pénitentiaire a soulevé des réactions contrastées. Pour le public marseillais et les anciens détenus, il représente une opportunité unique. Mais les syndicats voient d’un mauvais œil cette construction dans un lieu marqué par une surpopulation carcérale alarmante. En effet, la prison compte actuellement 1 120 détenus pour seulement 173 cellules.
Catherine Forzi, représentante locale FO, exprime son mécontentement avec véhémence : « Ce théâtre me sort par les yeux. On manque de places en prison, c’est n’importe quoi ». Pour elle et beaucoup de ses collègues, ce projet semble démesuré face aux besoins criants en infrastructures plus essentielles.
L’argument en faveur de la réinsertion
En dépit des critiques, l’administration pénitentiaire reste confiante dans les bienfaits de ce projet. « Cet espace disposera d’un plateau technique permettant de former professionnellement aux différents métiers », explique un représentant de l’administration, soulignant un potentiel éducatif considérable. Cette approche est vue comme un pas vers la réinsertion, en offrant aux détenus des compétences professionnelles valorisables.
Soutenant cette initiative, l’ancien garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti avait toujours souligné la nécessité d’une réhabilitation efficace des détenus. De plus, le théâtre ne changera pas le nombre de places disponibles, un argument répété par les défenseurs du projet : « L’initiative n’impacte pas le nombre de places et témoigne de notre volonté de réinsertion par la formation professionnelle ».
Opposition syndicale et surpopulation
Malgré ces arguments, les syndicats, dont des membres comme Florence Mendez et Marc Berkane, persistent dans leur critique. La tension monte autour de l’utilisation des 4,3 hectares alloués au projet des Beaumettes 3. Pour Marc Berkane, secrétaire régional adjoint du syndicat des surveillants, les ressources auraient pu être mieux employées : « L’argent aurait pu être employé pour recruter plus de personnel ». Il évoque des besoins pressants pour améliorer les conditions de travail et la vie quotidienne des gardiens.
Un avenir incertain pour le projet
Alors que le ministère de la Justice sous la direction de Gérald Darmanin a durci sa politique en annulant certaines activités ludiques en prison, l’avenir de ce théâtre demeure incertain. Pour l’instant, aucune décision définitive n’a été prise, laissant place à un débat continu.
En conclusion, ce projet théâtral singulier, bien qu’inévitablement controversé, vise à transformer la vision de la réintégration en milieu carcéral. Cependant, en période de surpopulation et de tensions, ce projet doit avant tout répondre aux préoccupations immédiates du personnel et des détenus.