Depuis plusieurs années, Dubaï s’est imposée comme le nouvel eldorado d’une partie de l’influence française. Fiscalité attractive, villas sécurisées, piscines à débordement et collaborations lucratives : le décor est bien connu des abonnés.
Mais le week-end du 28 février a brisé cette carte postale. À la suite des frappes israélo-américaines contre l’Iran et de la mort d’Ali Khamenei, Téhéran a riposté en visant plusieurs zones stratégiques du Golfe. Les Émirats arabes unis se sont retrouvés sous tension.
Dans leurs stories Instagram et Snapchat, plusieurs figures de téléréalité installées sur place racontent avoir entendu des détonations. Vitres qui tremblent, ciel traversé de traînées lumineuses, colonnes de fumée au loin.
« Honnêtement, il faut le voir et l’entendre pour le croire. J’ai eu très peur aujourd’hui pour mes enfants et pour moi », confie Milla Jasmine.
« J’ai trop peur », répète de son côté Maeva Ghenam, suivie par plus de trois millions d’abonnés.
Même sidération chez Sarah Lopez ou encore Kamila, qui décrivent des explosions et un climat anxiogène. Les téléphones filment tout. Les abonnés assistent, en direct, à la peur.
Mais très vite, le récit bascule.
Entre panique et placements de produits
À peine les sirènes tues, les codes promo réapparaissent. Une huile anti-cellulite, des faux ongles, des réductions exclusives valables 24 heures. Dans la même séquence où l’on évoque des missiles interceptés, une promotion surgit.
Le contraste choque.
Sur X et TikTok, les internautes dénoncent une « mise en scène ». Certains accusent ces créateurs de transformer une situation géopolitique grave en contenu monétisable. « Vloguer une guerre », résume une utilisatrice devenue virale.
La journaliste Emma Férey, auteure d’une enquête sur l’influence à Dubaï, analyse cette dissonance. Selon elle, la peur peut être réelle, mais les réseaux restent un espace scénarisé. « Il y a toujours une dimension de spectacle », explique-t-elle.
Derrière les stories tremblantes, une réalité économique s’impose : les contrats avec les marques continuent. Les partenariats sont signés, les échéances fixées. À Dubaï, le coût de la vie est élevé. Le business ne s’arrête pas.
La fracture avec le public français
La polémique prend une autre dimension lorsqu’un débat fiscal refait surface. De nombreux influenceurs ont quitté la France pour bénéficier d’un régime plus avantageux aux Émirats arabes unis. Une décision légale, mais souvent critiquée.
Dans le contexte des bombardements, certains internautes estiment que ces exilés fiscaux sollicitent aujourd’hui la solidarité d’un pays qu’ils ont quitté. Les mèmes se multiplient. L’ironie fuse. La compassion, elle, se fait plus rare.
L’influenceur fitness Tibo InShape pointe du doigt cette contradiction et relance le débat sur la contribution fiscale et la responsabilité publique.
Sur les réseaux, une phrase revient : « Déconnexion totale ». Les images de piscines et de villas luxueuses contrastent violemment avec la réalité des tensions régionales.
Changement de ton et rappel à l’ordre
Face au bad buzz, certains influenceurs modèrent leurs propos. Les messages alarmistes laissent place à un discours plus rassurant. Les systèmes de défense antimissile sont mis en avant. Le ton devient plus confiant.
Mais un autre élément ajoute à la tension : le rappel officiel des autorités émiraties. Le ministère de l’Intérieur a rappelé qu’il est interdit de diffuser des rumeurs ou des informations susceptibles de provoquer la panique. Les sanctions peuvent être lourdes, allant jusqu’à des amendes importantes et une expulsion du territoire.
Selon plusieurs médias, Maeva Ghenam aurait été convoquée par la police locale. Une convocation qui illustre la ligne rouge étroite entre témoignage personnel et communication problématique dans un pays où la législation sur l’information est stricte.
Une crise révélatrice
Au-delà de l’émotion immédiate, cette séquence agit comme un révélateur. Elle met en lumière les contradictions d’un modèle fondé sur l’exposition permanente de soi.
Quand la guerre frappe aux portes d’une villa, la frontière entre vie privée, information et commerce devient floue. Peut-on vendre une crème pendant qu’on raconte une explosion ? Peut-on demander de l’aide tout en maintenant un storytelling maîtrisé ?
Pour beaucoup d’internautes, la réponse est claire. Pour les principaux concernés, la situation reste plus nuancée. Entre peur réelle, pression contractuelle et image à préserver, l’équation est complexe.
Une chose est sûre : à l’ère des réseaux sociaux, même les missiles n’arrêtent pas toujours les codes promo.
Sources
BFMTV
Le Parisien
France Info
Publications officielles du ministère de l’Intérieur des Émirats arabes unis
Analyses et interventions médiatiques d’Emma Férey


