Tout part d’une vidéo publiée puis rapidement supprimée, mais dont l’impact, lui, reste bien visible. On y découvre Mathilde Hignet, députée de La France insoumise, de retour de congé maternité. La scène est brève mais percutante. L’élue arrive à l’Assemblée nationale avec son nourrisson, signe sa feuille de présence en commission, puis quitte les lieux sans prendre part aux travaux parlementaires.
En quelques heures, les images circulent massivement. Commentaires indignés, soutiens appuyés, sarcasmes et débats enflammés se multiplient. Pour certains internautes, le geste est perçu comme une provocation. Pour d’autres, il s’agit d’un cri d’alerte sur une réalité encore taboue.
Un geste assumé, un message revendiqué
Face caméra, la députée ne cherche pas à esquiver la polémique. Elle explique son choix avec calme, évoquant l’absence de solution de garde et l’urgence de répondre aux besoins de son enfant. Dans la vidéo, elle confie préférer repartir plutôt que d’assister à une commission avec un bébé en pleurs. Un témoignage intime, presque brut, qui tranche avec l’image souvent très codifiée de la vie parlementaire.
La séquence se poursuit ensuite dans la cour du Palais-Bourbon. Sous la neige, la députée pousse la poussette de sa fille, récupère des dossiers dans son bureau, puis quitte l’enceinte. Des images à forte charge symbolique, immédiatement interprétées de multiples façons.
Manque d’exemplarité ou réalité des mères actives ?
Très vite, les critiques fusent. Plusieurs observateurs dénoncent un manque de sérieux et rappellent que la signature de la feuille de présence ouvre droit à des indemnités, même en l’absence de participation effective. Certains y voient une entorse à l’éthique parlementaire, d’autant que le règlement prévoit des sanctions financières en cas d’absences répétées.
À l’inverse, de nombreux soutiens défendent la députée, saluant un acte militant destiné à rendre visible une difficulté largement ignorée. Le retour au travail après une maternité, y compris pour des élues de la République, reste un parcours semé d’obstacles. La vidéo devient alors le symbole d’un système jugé peu compatible avec la parentalité.
Une polémique qui dépasse le cadre politique
Rapidement, l’affaire sort du strict champ parlementaire. Elle touche à des questions plus larges : la place des mères dans le monde du travail, l’organisation des institutions et la lenteur des réformes. Mathilde Hignet rappelle d’ailleurs son combat pour permettre aux députées devenues mères d’être temporairement remplacées par leur suppléant, une évolution qui nécessiterait une modification constitutionnelle.
Selon elle, son message a été déformé. Elle affirme vouloir faire bouger les lignes de l’intérieur, en utilisant son exposition médiatique pour ouvrir le débat. Mais dans un climat déjà tendu autour de la confiance envers les élus, la justification peine à convaincre une partie de l’opinion.
Une séquence révélatrice d’un malaise plus profond
Au-delà du cas individuel, cette polémique met en lumière un malaise persistant. L’Assemblée nationale, symbole du pouvoir, apparaît encore mal adaptée à certaines réalités de la vie quotidienne. La vidéo de Mathilde Hignet agit comme un révélateur, provoquant autant d’empathie que de rejet.
Entre émotion, colère et incompréhension, une chose est sûre : ce geste, voulu ou non, a marqué les esprits. Et il relance un débat que beaucoup pensaient clos, sur la frontière entre engagement personnel, exemplarité publique et contraintes institutionnelles.


