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Affaire Epstein : Sous pression, Jack Lang “propose” sa démission de l’Institut du monde arabe


Figure emblématique de la culture française, Jack Lang traverse à 86 ans la plus violente tempête de sa carrière. Pressé par la justice et l’opinion publique après des révélations liées à l’affaire Epstein, l’ancien ministre a “proposé” sa démission de l’Institut du monde arabe. Une chute brutale pour un homme longtemps considéré comme intouchable.

Pendant des décennies, il semblait inamovible. Pourtant, samedi, Jack Lang a fini par céder. Sous pression judiciaire et médiatique, l’ancien ministre de la Culture a annoncé sa démission de la présidence de l’Institut du monde arabe, qu’il dirigeait depuis 2013. Officiellement, il s’agit d’une décision qu’il “propose” lui-même. En coulisses, beaucoup y voient une sortie devenue inévitable.

Cette décision intervient après plusieurs jours de critiques publiques et d’appels insistants à son départ, dans un contexte devenu explosif depuis la révélation de ses liens passés avec le financier américain Jeffrey Epstein, mort en 2019.

L’affaire Epstein, détonateur d’une chute politique

Les révélations publiées par Mediapart ont agi comme un électrochoc. Elles évoquent des relations financières supposées entre Jack Lang, sa famille et Jeffrey Epstein. À la suite de ces informations, le Parquet national financier a ouvert une enquête préliminaire pour “blanchiment de fraude fiscale aggravée”.

Si aucune condamnation n’a été prononcée à ce stade, l’impact médiatique est immédiat. Pour beaucoup, l’image de l’ancien ministre, longtemps associée à l’ouverture culturelle et à la modernité, se fissure brutalement. À 86 ans, celui que l’on surnommait le “ministre de la Culture à vie” fait face à la plus grave crise de sa longue vie publique.

Le bâtisseur de la culture moderne française

La chute n’en est que plus spectaculaire tant le parcours de Jack Lang a marqué l’histoire contemporaine. Fidèle parmi les fidèles du président socialiste François Mitterrand, il a profondément transformé la politique culturelle française dans les années 1980 et 1990.

Créateur de la Fête de la musique, artisan des Journées du patrimoine, défenseur des cultures dites “populaires”, il a aussi porté les grands projets architecturaux parisiens qui ont redessiné la capitale. Pour toute une génération, il incarnait une culture vivante, accessible et audacieuse. Une image aujourd’hui mise à mal par les soupçons qui l’entourent.

Une figure clivante, entre admiration et polémiques

Jack Lang n’a jamais laissé indifférent. Admiré pour son énergie et son flair médiatique, critiqué pour son goût des “coups d’éclat”, il assumait un style flamboyant et un verbe parfois excessif. Défenseur précoce des droits des homosexuels, provocateur assumé face aux conservatismes, il a souvent occupé le devant de la scène, quitte à susciter la controverse.

Ces dernières années, il s’était déjà illustré par des prises de position tranchées, notamment dans des affaires mêlant culture, morale et politique. Mais jamais jusqu’ici son propre nom n’avait été associé à une enquête judiciaire d’une telle gravité.

Une fin de règne lourde de symboles

La démission de l’Institut du monde arabe marque un tournant. Elle symbolise la fin d’un règne et l’effondrement d’une forme d’impunité longtemps attribuée aux grandes figures de la vie publique. Même si Jack Lang continue de contester toute accusation et affirme que les faits reprochés sont infondés, le mal est fait sur le plan de l’opinion.

Reste désormais à savoir si cette affaire marquera seulement la fin de ses fonctions institutionnelles ou si elle pèsera durablement sur l’héritage d’un homme qui, pendant plus de quarante ans, a façonné le paysage culturel français.

Sources

AFP
Mediapart
Parquet national financier
Institut du monde arabe