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« 3 000 € par mois, 9 semaines de congés » : une assistante maternelle balance sur le reportage de Capital


Après un reportage très commenté de l’émission Capital sur M6, une assistante maternelle expérimentée conteste une réalité jugée trop belle pour être vraie. Derrière les chiffres qui font rêver, Angélique raconte l’envers du décor d’un métier exigeant, souvent mal compris.

Diffusé en prime time, le sujet de Capital promettait de lever le voile sur des métiers qui « rapportent vraiment ». À l’écran, Virginie, récemment reconvertie, évoquait un quotidien enviable : des horaires flexibles, neuf semaines de congés et plus de 3 000 euros par mois. Une séquence rythmée, incarnée par Julien Courbet, qui a rapidement fait le tour des réseaux sociaux.

Mais très vite, le rêve télévisé a laissé place à la colère. Dans les groupes professionnels, chez les parents comme chez les assistantes maternelles, le malaise s’est installé. Beaucoup dénoncent une image trompeuse d’un métier déjà en tension.

« Ce n’est pas la vérité » : la réaction d’Angélique

Angélique, assistante maternelle depuis plusieurs années, n’a pas reconnu son quotidien dans le reportage. Son ton est calme, mais ses mots sont fermes. « Si c’était vraiment comme ça, on ne travaillerait pas autant », glisse-t-elle avec un sourire amer. Pour elle, l’idée que les horaires seraient librement choisis est un mythe. Le métier fonctionne avec des contrats, des obligations strictes et des plafonds horaires à respecter sous peine de sanctions.

Selon Angélique, présenter ce travail comme flexible et confortable efface une réalité bien plus cadrée. Les journées s’étirent, les responsabilités sont lourdes et la pression constante, notamment lorsqu’il s’agit de la sécurité des enfants.

Le salaire, un chiffre qui ne dit pas tout

Les fameux 3 000 euros avancés à l’écran ont particulièrement fait réagir. Angélique insiste sur un point essentiel : tout n’est pas du salaire dans cette somme. Une part importante correspond à des indemnités destinées à couvrir les frais réels, comme les repas ou l’entretien du matériel. Ces montants ne comptent ni pour la retraite ni pour les droits sociaux.

Lorsqu’on regarde les revenus sur une année entière, le tableau change. « Divisé sur douze mois, on est loin de ce qui a été annoncé », explique-t-elle. Pour beaucoup de professionnelles, les revenus varient selon le nombre d’enfants accueillis, les contrats signés et les périodes creuses.

Les congés, une autre zone d’ombre

Autre point mis en avant par Capital : les neuf semaines de congés. Là encore, Angélique parle d’un malentendu. Dans la majorité des cas, seules cinq semaines sont réellement payées. Les autres correspondent à des absences prévues dès la signature du contrat, mais elles ne sont pas rémunérées.

Le salaire est souvent lissé sur l’année, ce qui peut donner l’impression de percevoir davantage certains mois. « On peut toucher une somme plus élevée à un moment donné, mais ça ne reflète pas ce qu’on gagne vraiment à l’année », précise-t-elle. Une nuance absente du reportage, selon elle.

Une image qui inquiète toute une profession

Au-delà de son cas personnel, Angélique s’inquiète de l’impact de ce type de sujet. Elle craint que les parents se fassent une fausse idée du métier et que les assistantes maternelles soient perçues comme privilégiées. « On fait bien plus que garder des enfants », rappelle-t-elle. Accompagnement, éveil, sécurité : le rôle est central dans la vie des familles.

Pour beaucoup, ce reportage a ravivé un sentiment d’injustice. Celui d’un travail essentiel, souvent sous-estimé, soudain réduit à des chiffres spectaculaires.

Entre buzz télévisé et réalité du terrain

Le succès du sujet de Capital montre l’attrait du public pour les histoires qui font rêver. Mais pour Angélique et ses collègues, la frontière entre mise en scène et réalité a été franchie. Leur parole, aujourd’hui, cherche à rééquilibrer le débat.

Derrière les caméras, loin des promesses de salaires élevés et de congés idylliques, le quotidien des assistantes maternelles reste marqué par l’engagement, la rigueur et une passion pour les enfants. Une réalité moins spectaculaire, mais bien plus proche de la vérité.